Nous vivons dans l’ère du vide intellectuel, culturel et moral. Dernier avatar des mythologies du progrès, la technoscience envahit toutes les sphères de la vie. La déterritorialisation des espaces économiques et productifs accompagne la marchandisation croissante de tous les rapports humains et sociaux. Les grandes utopies qui avaient remplacé Dieu agonisent alors que celui-ci ressurgit. Les derniers espoirs d’émancipation semblent vains face au développement incessant de la consommation de soi, du monde et des autres, promue par le système publicitaire.
Alors que l’intimité se surexpose, chacun se replie dans sa bulle, sa famille, sa communauté. Le capitalisme ruine le monde et uniformise les aspirations et les comportements. Cet appauvrissement généralisé de populations toujours plus formatées et grégarisées entraîne la recrudescence de fictions nocives (religions, marques ou scientisme), qui permettent de s’imaginer toujours vivant. Virtualisation et accélération globale du monde éloignent l’individu du réel et de ses possibilités d’agir sur lui. Impuissance totale face au sentiment de toute-puissance que procurent les écrans. On peut tout voir, zapper et puis mourir.
Notre époque est épuisée, elle anéantit toute aspiration à la révolutionner. Le risque n’est plus tant de perdre le combat que de ne jamais atteindre le champ de bataille. Fin de la lutte des classes, disparition des ouvrier-e-s, accroissement des libertés individuelles, archaïsme du féminisme, démocratie participative, formes de luttes inédites, développement personnel, nouvelles technologies libératrices... sont quelques unes des illusions dont nous berce le système.
Dans ce contexte hostile, notre envie d’éditer des livres en nous inscrivant dans une histoire révolutionnaire se fait chaque jour plus pressante. Des textes sur du papier, réel, charnel qui effraie les croisés de la colonisation informatique. Une structure éditoriale indépendante des groupes monopolistes qui phagocytent et tuent à petit feu l’édition en transformant connaissances et œuvres en produits. Des phrases qui donnent à penser dans cette civilisation du loisir et du divertissement permanent. Des livres qui vivent, durent, s’installent et poursuivent une histoire, à l’époque du culte de l’instant présent qui ordonne le passé en un vaste réservoir à musées et commémorations. Des écrits pour abolir l’objet éphémère de la pure consommation et retrouver l’objet singulier, relié et porteur de sens qui permet à la vie de dépasser le stade de la survie.
Collections
Dans le feu de l’action
Clandestins ou légaux, armés ou non violents, importants ou minuscules, des groupes et mouvements qui ont marqué l’histoire révolutionnaire restent méconnus faute de livres disponibles en français. La collection « Dans le feu de l’action » tente de combler ce vide avec des rééditions d’ouvrages épuisés, des traductions et la publication de textes inédits.
Pour en finir avec...
Inégalités, exploitations, dominations, pollutionsâ ?¦ Si aujourd’hui les constats catastrophistes se multiplient, les « faiseurs d’opinion » et les universitaires ’souvent de gauche’ dissimulent systématiquement les racines de l’oppression sous un vernis réformiste et misérabiliste. La collection « Pour en finir avec » développe des analyses radicales qui ébranlent les situations d’aliénation que nous vivons au quotidien.
Dans la mêlée
La collection « Dans la mêlée » participe aux débats politiques et sociaux actuels. Elle donne la parole aux acteurs et actrices des luttes et mouvements d’émancipation, elle fait entendre des voix dissonantes qui bousculent le ronronnement des médias et des experts en tout genre.
Action Graphique
Dans un monde saturé d’images consensuelles et laides, où les représentations rebelles d’hier se récupèrent avec l’arrogance des vainqueurs, cette collection présente des travaux graphiques qui subvertissent l’ordre établi. Si rien n’est plus explicite qu’un dessin, que les dominants se le prennent en pleine gueule.
Négatif
Collection dirigée par Pièces et main d’oeuvre
Négatif ! Comme on dit « non ! je ne marche pas ! » Refus de croire et d’obéir.
Négatif. Parce qu’on ne peut qu’être contre tout, parce qu’il n’y a rien de bien dans une société négative dès son principe.
Négatif. Comme l’envers, la réalité et la révélation des apparences pseudo-positives.
Nous tâcherons d’être purement négatifs et d’exprimer ici les raisons de notre refus total.
Verlaine à Rimbaud, le 12 décembre 1875 : « J’en appelle à ton dégoût lui-même de tout et de tous, à ta perpétuelle colère contre chaque chose, juste au fond cette colère, bien qu’inconsciente du pourquoi. »