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Accueil du site> Antidata > Playlist
+Vous aimez ? consultez la fiche "Antidata"Christophe Ernault est né en 1974. Il est auteur, scénariste, musicien (a.k.a. Alister), journaliste, milieu de terrain. Il a aussi collaboré à plusieurs émissions de télévision.
Playlist est son premier livre.
Le bonheur se réduit-il à une accumulation aussi dépourvue de sens qu’une compilation de tubes ? Et que faire dans un monde où ni la politique, ni l’amour, ni le football, ne paraissent plus capables de justifier une existence ?
Se réfugier dans la musique ? Se suicider ? Participer à des réunions de colocataires ?
Dans un style vif où les références à Kant côtoient les citations de Sid Vicious, et en 14 nouvelles, comme il y avait 14 titres sur les albums des Beatles, quand ils étaient jeunes, l’auteur évoque une société qui ne parvient plus à enchanter grand-chose.
Cynique ? Peut-être. Lucide ? A vous de juger. Drôle, sûrement.
Ils en ont parléâ ?¦
Je vous conseille ce recueil de nouvelles publié chez une très jeune maison d’édition, aNTIDATA. Le titre Playlist, l’auteur, Christophe Ernault. Si le titre sonne comme un roman de Nick Hornby, il s’agit en fait d’une suite de contes modernes et angoissés dont l’univers pourrait s’apparenter à celui d’un Edgar Allan Poe sous Kétamine.
"Je suis le mort", "Portrait en six couleurs", "Vingtième dépression nerveuse" ou encore "Animal de ville" autant d’énigmes à tiroirs qui offrent une succession de voix, héros anti-héroïques isolés dans un enfermement mental halluciné. Une acheteuse compulsive qui cherche des strings comme elle veut un mec, jusqu’à en perdre la raison...ou même la vie ! Un romantique maladroit que la douleur d’une rupture égare au point de commettre, peut-être le crime parfait...
Cadavres exquis, figures décapitées, belles à jamais endormies ; ce ne sont plus les amants qui se cachent dans les placards mais bien une normalité rendue cauchemardesque sous l’impulsion moqueuse d’événements banals. La réalité se meut, incertaine... Elle échappe. Elle bascule dans un enfer quotidien.
Prose glacée, lucidité caustique, l’auteur brosse une peinture au vitriol d’un monde contemporain où l’amour et les autres sont autant d’ennemis "pathogènes". Outre la rigueur tranchante et la précision maniaque du style reste une compilation loufoque, une démonstration brillante de pur humour noir...
Anne Casanova ’ Campus ’ France 2 blog.france2.fr
Il y a un plaisir bien particulier à agencer sa propre compilation, et pourquoi les écrivains y seraient-ils insensibles ? Chaque morceau résonne comme un fragment de vie, la bande son d’une époque, une vague de riffs sur laquelle surfent toutes sortes d’émotions avant de se coucher sur le papier, devenant des histoires. Plaisant, et pas difficile : voici sa synthèse personnelle gravée sur CD ou devenue un petit livre qui s’attirera la sympathie des fans de musique et des lecteurs de bouquins ne dépassant pas 200 pages.
"T’écoutes quel genre de musique ?" était sans doute la question à laquelle il lui était le plus difficile de répondre (juste après "Tu m’aimes ?"). Elle se méfiait comme de l’hépatite C des gens qui répondaient "Un peu de tout" (en général ça voulait au moins dire Björk). Pour couper court à toute conversation elle disait "Euh... ?? Dr Feelgood, Rockpile, Graham Parker..." Sur les conseils de l’autre. Ca marchait à tous les coups. Dégage..." [Des accidents arrivent]
Quatorze nouvelles aux titres rock’n’roll (Chiapas State of Mind, 20ème Dépression Nerveuse...) : autant de plages de la playlist, de textes courts comme les pistes d’un album. Première écoute : ça fonctionne ! Dans un style direct et percuté, qui télescope listes, fragments de chansons traduites, phrases lapidaires et humeurs massacrantes en chapitres minimums, Christophe Ernault trouve le beat et captive le lecteur pour quelques minutes.
"La sursollicitation culturelle actuelle empêchait tout être sensé, possédant un minimum d’amour-propre, d’accorder plus de 10 heures de sa vie à une œuvre littéraire quelle qu’elle soit... Le temps nous était compté." [Epigogue]
La corde ou l’gaz ?
De la première page, avec un Lennon qui traîne sa mort chez un Léonard solitaire, enfermé dans son petit appart avec sa névrose, jusqu’à la dernière track-list rédigée par le même Léonard, chômeur scotché sur les toilettes, les mœurs actuelles de l’espèce urbaine sont décryptées sans enlever les écouteurs.
J’ai suivi les minables aventures d’un petit dealer gourmand de gaufrettes goinfré aux Pixies, traumatisé la dernière livraison de beautiful people sous les caméros du Loft à grands coups d’Iggy Pop, démonté un téléviseur daubesque sur le White Album des Beatles, sifflé du Coltrane et du Mingus, regardé deux ex-jeunes faire l’amour sur un Ten CC plagié par Billy Joel, listé les autres plagiats les plus flagrants par la même occasion... Puis après un détour en plein Lewis Trondheim époque la Mouche, j’ai touché le fond avec une Irlandaise qui chantait Subterranean Homesick Blues dans le métro. Puis, je me suis enfermée dans un F2 avec Mozart jusqu’à ce que mort s’en suive.
"La chambre dans laquelle il se trouvait était inintéressante au possible. De piteux posters de Stéphanie Seymour tapissaient les murs. L’ameublement était puéril, incommode, irresponsable et crade. Une masse de livres et de CD gisait éparpillée ça et là, mais ne suffisait pas à égayer la pièce. Une fragrance d’abandon planait sur tout et pénétrait tout." [L’enlèvement au F2]
Certains thèmes se repiquent d’une nouvelle à l’autre, comme des leitmotive samplés dans la vie quotidienne en territoire ennemi : les nez, fort importants, qui font montre d’une ampleur de narines digne de commentaires variés ; des physionomies qu’il n’était pas facile d’oublier ; des appartements témoins des mêmes vicissitudes...
"Il faut rencontrer Candy quand elle est ivre. Au Sancerre blanc. Sa bêtise devient alors abyssale. Elle a le mal de terre. Dissipée. Elle regarde à travers son verre les fesses de tout le monde. Les commente. Les note sur 20. Gimmick lubrique. Soit. Les fesses étaient pour elle l’avant-garde de la libido. Et de la sédition. Tout en étant fonctionnelles. Elles la fascinaient autant qu’elle les abhorrait. [...]" [Candy lit]
Ceci posé, d’une piste à l’autre de cette Playlist à l’humour carrément noir, j’ai rencontré des gars et des filles égarés qui m’ont plutôt fait rire. Et paf le chien, et clac la girafe ! Vous aurez compris que les histoires d’Ernault finissent mal, en général.
Stig Legrand ’ Le Littéraire www.lelitteraire.com
Fragment d’image dans les facettes irisées du support. Ce kaléïdoscope, c’est ton portrait de cas social ordinaire, vu de face sous un soleil halogène de F2 à loyer hors-plafond. Random ou séquentiel, le miroir tendu par Christophe Ernault casse en 14 morceaux l’errance refoulée de l’homo festivus de la génération Casimir. Compilation cohérente, découpage affûté, cautérisation parfaite après 2 heures 30. Sensation naturelle de se retrouver dans chaque pièce du puzzle, que tous les personnages sont les facettes -les avatars d’une même âme. Les liens entre eux existent, ils sont à la fois distillés par le texte et insufflés dedans. La lecture des « morceaux » dans un ordre aléatoire [shuffle play] marche : on retrouve encore mieux le fond de dossier, on cerne le mouvement entropique entre Léonard, Seb, Bruno, Eléonore et les autres. Eléonore-Bruno-Léonard : dites le à toute vitesse et vous entendrez un son modulé homogène.
Lorsque la musique est terminée, tout s’arrête : destin funeste obligatoire de la vie qui vient de se dérouler brièvement sous nos yeux. Mais où vont-ils ces personnages ? Ils n’ont pas plus leur scénario que nous n’avons le nôtre. C’est ça l’histoire de Playlist.
Christophe Merit ’ Auteur
Playlist a été sélectionné par l’émission La vie d’ici / L’évènement sur France 3.
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